Novembre : mois des morts et des vivants

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Padre Gilles Sanscartier
    
Dans le calendrier liturgique chrétien, novembre est entièrement consacré aux défunts.  C’est pourquoi on le surnomme mois des morts.

Les célébrations sont concentrées au début du mois : le 1er étant la Toussaint, un hommage à tous les saints. Cette fête est, pour l’Église, une solennité et nous met devant les yeux la foule immense des rachetés, pour nous dévoiler l’avenir vers lequel nous sommes en marche. Vivant près de Dieu, ils intercèdent pour nous ; ils sont des puissances dans nos vies. Nous pouvons donc, avec assurance, recourir à leur soutien pour nous aider dans l’accomplissement de notre vocation chrétienne et dans la réussite de notre pèlerinage sur terre.

Le 2 novembre, jour des Morts, est consacré à la commémoration de tous les morts, sans distinction sociale. Cette fête est complémentaire à la première. Comme plusieurs autres fêtes celtiques anciennes qui se déroulaient sur trois jours – la veille, le jour et le lendemain – le jour des Morts est la troisième fête du cycle, la veille étant représentée par l’Halloween, célébrée le 31 octobre.

La Toussaint : un peu d’histoire

Comme son nom l’indique, cette fête est celle de tous les saints, plus spécifiquement les martyrs qui ont mérité la vie éternelle par leur sacrifice. Elle est instaurée par le pape Grégoire IV en l’an 837 pour remplacer la fête des martyrs que son prédécesseur, Boniface IV, avait fixée au 13 mai.
Pendant longtemps, la Toussaint correspond à une date de fin de bail des employés engagés dans les fermes parce que cette période marque la fin de l’engrangement des récoltes. « À la Toussaint, les blés semés et tous les fruits rentrés », affirme un dicton. « La Toussaint venue, quitte ta charrue », énonce un autre. 

Le jour des Morts : 2 novembre

La peur de la mort et des morts est universelle à la plupart des cultures et des peuples. Certaines croyances attribuent aux défunts le pouvoir de s’immiscer dans le monde des vivants pour racheter les fautes qu’ils auraient commises lors de leur passage sur la terre. Il importe donc de les aider à sortir du purgatoire en priant pour eux, une tâche que l’Église encourage en instituant une journée précise pour le faire, appelée commémoration de tous les fidèles défunts. Lors de cette journée, notre sollicitude et notre prière se portent vers nos frères et sœurs qui sont morts dans l’espérance qu’ils accéderont au ciel pour partager la vie éternelle avec le Christ.

Novembre : mois des vivants

Bien sûr, en novembre, les jours raccourcissent, les feuilles disparaissent et le temps gris s’installe. Voilà pourquoi on l’appelle également le mois des morts. Mais il n’en demeure pas moins vrai que ce mois commence avec la Toussaint, la fête des vivants ! Et pas n’importe lesquels ! Ceux qui n’ont pas donné leur nom à des paroisses, des rues ou des villages, comme les autres. Ce sont les saints inconnus, ou du moins peu connus, et vite oubliés.

Quelle belle leçon que nous donne l’Église en commençant le mois avec cette fête ! Elle semble nous dire : D’accord, faisons mémoire de nos défunts, mais n’oublions pas d’abord que nous sommes gens de la vie, gens de la Vie de Dieu, celle qui coule et déborde de mille manières dans sa création. Ce sont les saints de rien, de la vie oubliée, de la vie cachée, qui portent dans le silence de leur action le destin de notre monde. Je pense ici aux humbles mères de famille qui se sont totalement données pour leurs enfants, aux pères de famille qui ont trimé dur toute leur vie pour assurer le bien-être de leur famille, aux moines cachés dans le fond de leur monastère.

Je crois que la fidélité de bien de ces personnes tient justement en cette foi que nous participons tous de la Vie plus grande que nous. Et que chacun de nous, à sa manière, y apporte sa contribution. Chez certains, c’est plus flamboyant, chez d’autres, plus discret. Bien sûr que très peu de nous auront leur nom dans le calendrier liturgique officiel ! Mais qu’importe : c’est la Vie-même des saints qui coule en nous. Alors, en novembre, ne fêtons pas seulement les morts, mais aussi les vivants que nous sommes, ceux d’hier et d’aujourd’hui… et ceux de demain qui nous suivront.

Je vous souhaite un magnifique mois de novembre, remplie de vie !


 

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